Lion's mane vs. lion's mane + reishi : le mélange l'emporte sur l’anxiété
Tout le monde vous a recommandé de prendre du lion's mane pour votre cerveau. Une nouvelle étude randomisée a posé une question plus précise : que se passe‑t‑il si l’on ajoute du reishi ? Chez de jeunes femmes stressées et anxieuses, le mélange a surpassé le lion's mane seul sur la principale mesure d’anxiété de l’étude. Les détails comptent cependant, et ils rendent le résultat plus intéressant et moins susceptible de devenir un simple titre accrocheur.
L’étude en bref
Des chercheurs de l’Université de Northumbria (Smith & Docherty) ont publié l’essai dans Frontiers in Nutrition (doi 10.3389/fnut.2026.1887408 ; enregistré sous le NCT06406946).
- Design : essai randomisé, double‑aveugle, contrôlé par placebo, à groupes parallèles ;
- Participants : 84 femmes, 18‑26 ans (génération Z), présentant un stress et/ou une anxiété auto‑déclarés ;
- Groupes : 1,8 g de poudre de lion's mane (Hericium erinaceus), 1,8 g de poudre de lion's mane + reishi (Ganoderma lucidum) en mélange, ou placebo, tous administrés en gélules ;
- Durée : 28 jours de supplémentation, avec un suivi au jour 42 ;
- Mesures : humeur et bien‑être au départ, chaque semaine pendant l’intervention et lors du suivi, ainsi que des retours qualitatifs aux jours 28 et 42.
Avant le lancement, l’équipe a mené une étude de tri‑et‑classement afin d’identifier les résultats les plus pertinents pour cette population. C’est une démarche réfléchie, car de nombreuses recherches sur les compléments choisissent leurs critères sans consulter les personnes ciblées.
Le résultat principal : le mélange l’emporte sur le lion's mane seul
Sur le critère principal, l’anxiété mesurée par le GAD‑7, le mélange de champignons a généré une anxiété plus basse que le lion's mane seul. La différence était statistiquement significative dans l’ensemble (p = 0,018) et au jour 28 (p = 0,003).
Notez la comparaison : le titre oppose le mélange au lion's mane. Il ne s’agit pas d’une simple supériorité du mélange sur le placebo, mais d’une amélioration supplémentaire par rapport au lion's mane seul.
Le rebondissement : tout le monde s’est amélioré
Les auteurs rapportent des améliorations significatives sur toutes les mesures psychologiques, indépendamment du groupe, y compris le groupe placebo.
Ils y voient les « bénéfices participatifs » liés à l’intervention : participer à une étude structurée, avec des contrôles hebdomadaires et le sentiment d’agir, peut réellement remonter le moral. Les effets d’attente et les fluctuations naturelles peuvent également jouer, même si les auteurs encadrent ce constat comme un bénéfice participatif. En définitive, une grande partie de l’amélioration n’est pas spécifique aux champignons.
La partie honnête : les résultats secondaires s’estompent
L’étude a aussi suivi des mesures secondaires d’anxiété (HADS) et de stress (PSS). Après correction du taux de fausse découverte (FDR) pour les comparaisons multiples, ces effets sont revenus à un niveau de tendance et ne satisfont plus les critères d’un effet confirmé.
Les chercheur·e·s ont ensuite réalisé des analyses exploratoires post‑hoc, qui ont indiqué un schéma de bénéfice du mélange par rapport au lion's mane et au placebo à différents moments (p = 0,001‑0,043). Les auteurs précisent qu’il faut les interpréter avec prudence, et non comme une preuve définitive. Les retours qualitatifs des participants confirment ce même schéma, mais restent subjectifs et apportent surtout du contexte, pas de la preuve.
Points pratiques à retenir
- Ce qui a été testé : 1,8 g/jour de champignon en poudre, en gélules, pendant 28 jours. Le mélange contenait à la fois lion's mane et reishi. Le protocole ne précise pas le ratio exact, il ne faut donc pas supposer qu’une répartition particulière soit optimale.
- Chronologie : le matériel source ne mentionne pas de moment de prise optimal ; aucune recommandation n’est donc possible quant à l’heure de la journée. Le signal est apparu au jour 28, soit environ quatre semaines.
- À qui cela pourrait être pertinent : jeunes femmes (18‑26 ans) avec stress ou anxiété auto‑déclarés. On ne sait pas si les résultats s’étendent aux hommes, aux personnes plus âgées ou aux patients présentant un trouble anxieux diagnostiqué.
- Qui devrait être prudent ou s’abstenir :
- Toute personne diagnostiquée avec un trouble anxieux ou dépressif ne doit pas remplacer son traitement par un complément à base de champignons ; cet essai n’a pas étudié ce contexte.
- Les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes sous médication ou présentant une condition médicale doivent consulter un professionnel de santé avant de commencer tout supplément. L’article ne traite pas de ces groupes.
- Ceux qui s’attendent à un effet spectaculaire : le schéma global montre que tout le monde s’est amélioré, et l’avantage spécifique du mélange était modeste et statistiquement fragile hors du critère principal.
Limitations à connaître
- Échantillon réduit : avec 84 participants répartis en trois bras, l’étude reste modeste. Les auteurs soulignent que les résultats secondaires nécessitent une confirmation dans des essais suffisamment puissants.
- Population restreinte : seules de jeunes femmes avec stress ou anxiété subjectifs ont été étudiées.
- Durée courte : 28 jours de supplémentation + suivi au jour 42 ne permettent pas de juger des effets à long terme.
- Auto‑déclarations : les échelles d’humeur et d’anxiété reflètent le ressenti, ce qui est pertinent mais sensible aux attentes.
- Réponse placebo : de fortes améliorations dans tous les groupes compliquent l’isolation de l’effet propre aux champignons.
- Questions méthodologiques ouvertes : les auteurs déclarent qu’il reste beaucoup à faire sur le dosage, la durée d’intervention et la composition du mélange.
En résumé
Cet essai fournit un indice crédible, pré‑enregistré et double‑aveugle, que le lion's mane associé au reishi pourrait être plus efficace contre l’anxiété que le lion's mane seul, du moins sur une période de quatre semaines chez de jeunes femmes. C’est un signal qui mérite d’être suivi, pas un verdict définitif. Le marché des champignons fonctionnels est projeté à 62,18 milliards de dollars d’ici 2032, et les preuves restent en retard face au marketing. Des études comme celle‑ci, qui rapportent des résultats corrigés FDR et reconnaissent leurs limites, sont exactement ce dont le domaine a besoin.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical.