L'eau hydrogène a eu l'effet inverse : le marqueur de dommages oxydatifs augmente dans l'essai
L'eau enrichie en hydrogène est présentée comme un remède antioxydant simple : il suffit de déposer une tablette, de boire et d’apaiser le stress cellulaire. Un nouvel essai randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo chez des habitants de haute altitude a toutefois révélé une difficulté à ce récit. Sur huit semaines, les taux de malondialdéhyde (MDA), marqueur de dommages oxydatifs, du groupe hydrogène ont augmenté davantage que ceux du groupe placebo.
Avant de jeter l’eau hydrogène à la poubelle, il convient de replacer les résultats dans leur contexte. Il s’agissait d’un petit essai mené sur une population très spécifique. Néanmoins, le résultat constitue un rappel pragmatique pour une catégorie de produits qui précède souvent les preuves.
Ce que les chercheurs ont réellement testé
L’étude, dirigée par Zhang et ses collègues et publiée dans High Altitude Medicine & Biology (2026 ; 27(3) : 133‑142), posait une question simple : l’eau enrichie en hydrogène (HRW) peut‑elle réduire le stress oxydatif chez les personnes atteintes du mal des montagnes chronique (CMS) ?
Le CMS est une affection des résidents de longue durée en haute altitude. Le stress oxydatif est considéré comme un facteur contributif, ce qui a incité les chercheurs à tester une approche antioxydante.
Le protocole :
- Lieu : Hôpital tibétain de Nagqu, Chine, de juillet à décembre 2024
- Participants : adultes atteints de CMS non traité (défini par le score Qinghai) ; 60 randomisés, 59 analysés (un sujet du groupe placebo n’a jamais reçu le traitement)
- Intervention : 990 mL/jour d’HRW contre placebo pendant 8 semaines
- Répartition : 1 : 1 par méthode de minimisation dynamique
- Aveuglement : participants, cliniciens et investigateurs
- Enregistrement : ChiCTR2400082685
Le critère d’évaluation principal était le changement, entre le départ et la semaine 8, d’un panel de biomarqueurs du stress oxydatif : catalase, glutathion, MDA, superoxyde dismutase, 8‑hydroxy‑2′‑désoxyguanosine et capacité antioxydante totale (T‑AOC).
Le retournement de situation : le MDA a augmenté, pas baissé
À la semaine 8, l’HRW a entraîné des variations plus importantes que le placebo pour deux marqueurs :
- MDA : +2,11 (IC 95 % : 1,13 à 3,09 ; p < 0,001)
- T‑AOC : +2,86 (IC 95 % : 0,09 à 5,64 ; p = 0,043)
Le MDA est largement utilisé comme indicateur de peroxydation lipidique, une forme de dommage oxydatif ; une hausse par rapport au placebo est donc l’inverse de ce que devrait apporter une thérapie antioxydante. La T‑AOC, mesure plus globale de la capacité antioxydante, a également augmenté.
Les auteurs ont conclu que l’HRW présentait à la fois des effets pro‑oxydants et antioxydants chez les patients CMS, et qu’elle ne réduisait pas les dommages induits par le stress oxydatif.
Le signal mixte fait partie de l’histoire. La capacité antioxydante et un marqueur de dommage ont progressé de concert, ce qui rend l’interprétation plus nuancée que « l’eau hydrogène cause des dommages ». L’essai n’explique pas le mécanisme sous‑jacent.
Un IMC plus élevé, un signal plus fort
L’observation la plus marquante provient d’une analyse de sous‑groupe. Chez les participants avec un indice de masse corporelle (IMC) ≥ 24, l’augmentation du MDA était plus prononcée (Δ + 2,57 ; p = 0,02 pour l’interaction). Les auteurs suggèrent que l’HRW pourrait accroître le risque oxydatif chez les personnes à IMC élevé.
Il s’agit d’une analyse de sous‑groupe sur un petit échantillon ; il faut donc la considérer comme une piste à explorer plutôt que comme une règle définitive. Cela indique toutefois que les affirmations universelles sur l’eau hydrogène méritent le scepticisme.
Sécurité : plus d’effets indésirables, surtout des vertiges
Des effets indésirables sont survenus chez 50 % (15/30) du groupe hydrogène contre 37 % (11/29) du groupe placebo. Le symptôme le plus fréquent était les vertiges. Le résumé ne détaille pas davantage ces événements, il est donc difficile d’évaluer leur gravité ou la pertinence de la différence avec des effectifs si petits.
Ce que cette étude ne peut pas vous dire
C’est ici que l’honnêteté devient cruciale, car le titre se prête facilement à une généralisation abusive.
- Population très spécifique : tous les participants souffraient de CMS et vivaient en altitude. Des adultes en bonne santé au niveau de la mer pourraient réagir différemment.
- Échantillon restreint : 59 participants analysés, ce qui reste modeste, et les résultats en sous‑groupe sont particulièrement fragiles.
- Biomarqueurs substituts : les critères étaient des biomarqueurs sanguins du stress oxydatif, pas des symptômes cliniques ou des issues de santé. Une variation du MDA ne prouve pas un changement de santé.
- Une seule posologie : l’essai a testé un volume unique (990 mL/jour) pendant huit semaines. Il n’apporte aucune information sur d’autres doses, produits ou concentrations d’hydrogène.
- Absence de biais de financement apparent : les auteurs déclarent aucun conflit d’intérêts, ce qui est rassurant, mais cela n’élimine pas les limites de conception évoquées ci‑dessus.
Conclusions pratiques
Ce qui a été utilisé dans l’essai : 990 mL/jour d’eau enrichie en hydrogène pendant 8 semaines. Le résumé ne fournit aucune indication sur le moment optimal de la prise, et aucun bénéfice n’a été observé à cette dose ; il n’existe donc pas de protocole fondé sur des preuves à recommander.
À qui ces données s’appliquent le plus :
- personnes souffrant du mal des montagnes chronique ou envisageant l’HRW comme traitement antioxydant en altitude ;
- personnes avec un IMC ≥ 24 qui utilisent l’eau hydrogène spécifiquement pour réduire le stress oxydatif.
Qui devrait rester prudent ou l’éviter pour l’instant :
- toute personne atteinte de CMS : consulter un professionnel de santé plutôt que d’automédiquer avec de l’eau hydrogène ;
- utilisateurs à IMC élevé espérant une protection antioxydante, étant donné la hausse plus importante du MDA dans ce sous‑groupe ;
- personnes sujettes aux vertiges, l’effet indésirable le plus fréquent signalé.
En résumé : dans cet essai, l’eau hydrogène n’a pas diminué les dommages oxydatifs et a même fait augmenter le MDA comparé au placebo. Cela ne prouve pas qu’elle soit nocive pour tout le monde, mais cela affaiblit l’idée selon laquelle plus d’hydrogène signifie moins de stress oxydatif. Des essais plus vastes, incluant d’autres populations, des critères cliniques et une explication mécanistique, sont nécessaires avant que le battage médiatique ne soit justifié.