Une multivitamine quotidienne est l’un des compléments les plus répandus aux États‑Unis, mais c’est aussi l’un des moins étudiés au niveau moléculaire. Une nouvelle analyse de l’essai randomisé COSMOS a examiné les effets de deux ans de Centrum Silver® sur le métabolome sanguin de personnes âgées. Elle a mis en évidence quelques changements intéressants, tout en soulignant une mise en garde majeure que les gros titres ont tendance à omettre.
L’étude, dirigée par Li et ses collègues, a été publiée dans GeroScience (DOI: 10.1007/s11357-026-02197-9; PubMed).
Mise en place : ce qui a été testé
COSMOS (Cocoa Supplement and Multivitamin Outcomes Study) est un essai factoriel 2 × 2, contrôlé par placebo, en double aveugle, mené chez des personnes âgées américaines. Cette analyse s’est concentrée sur le bras multivitamine‑multimineral (MVM), en comparant Centrum Silver® à un placebo.
Le sous‑ensemble métabolomique comprenait 399 participants (âge moyen 70,3 ± 5,7 ans ; 50,1 % de femmes). Des échantillons sanguins ont été analysés sur la plateforme NMR de Nightingale Health aux moments de base, à un an et à deux ans. Les chercheuses ont évalué :
- 168 métabolites individuels
- 7 horloges métabolomiques du vieillissement biologique
- 24 scores de risque métabolomiques (MRS) pour des maladies chroniques
Métabolites qui ont bougé
Comparé au placebo, deux ans de MVM quotidien :
- a augmenté l’acide docosahexaénoïque (DHA). Cohen’s d = 0,212 (IC 95 % : 0,02 à 0,404).
- a augmenté le total des acides gras oméga‑3. Cohen’s d = 0,193 (0,003 à 0,382).
- a ralenti la hausse de la créatinine. Cohen’s d = ‑0,222 (‑0,424 à ‑0,019).
Il s’agit de petites tailles d’effet, et les intervalles de confiance frôlent zéro. La créatinine est souvent utilisée comme marqueur de la fonction rénale, mais le résumé ne l’interprète pas en termes cliniques ; il indique simplement que la hausse habituelle au fil du temps a été atténuée dans le groupe MVM.
Scores de risque de maladie
Le MVM a également réduit les scores de risque métabolomiques pour 16 maladies chroniques, avec des Cohen’s d compris entre ‑0,206 et ‑0,277. Parmi les pathologies évoquées :
- Évènements cardiovasculaires majeurs
- Maladie rénale
- Démence toutes causes confondues
- Asthme
- Cataractes
- Glaucome
- Maladie hépatique
- Cancer de la peau non mélanome
- Cancer de la prostate
Ces scores sont des estimations statistiques basées sur des profils de métabolites. Ils ne constituent pas des diagnostics ni des résultats cliniques réels ; une baisse du score ne signifie donc pas qu’un participant a réellement évité l’une de ces maladies.
Horloges du vieillissement : une petite impulsion, pas d’inversion
Le titre le plus tentant serait que la multivitamine aurait inversé l’âge biologique. Les données ne le confirment pas. Le MVM a engendré une diminution non significative des sept horloges métabolomiques du vieillissement, allant de 0,496 à 1,054 an. La direction était cohérente, mais le résultat n’était pas statistiquement significatif.
L’écueil qu’on ne peut ignorer
Chaque effet ci‑dessus était significatif uniquement au niveau nominal (p < 0,05). Aucun n’a résisté à la correction pour tests multiples (FDR > 0,05). Lorsque l’on teste 168 métabolites, 7 horloges et 24 scores de risque, certains « significatifs » apparaissent simplement par hasard. Les auteurs qualifient ces résultats d’évidence préliminaire selon laquelle un MVM quotidien « pourrait modestement améliorer les profils métabolomiques chez les personnes âgées », tout en soulignant la taille d’échantillon limitée.
Le résumé ne précise pas non plus si ces changements métaboliques se traduisent par une meilleure santé. Les auteurs indiquent qu’il faut poursuivre les travaux au sein de COSMOS pour confirmer si ces modifications contribuent réellement aux bénéfices d’une supplémentation en MVM pour un vieillissement en bonne santé.
Points pratiques à retenir
Dose : L’essai a utilisé le complément multivitamine‑multimineral Centrum Silver, à prendre une fois par jour, destiné aux personnes âgées. Le résumé ne donne pas la formule exacte ni le nombre de comprimés, il convient donc de consulter l’étiquette ou le texte complet.
Moment de la prise : Le résumé ne mentionne rien sur le meilleur moment de la journée ou la prise avec un repas. Aucun élément ne justifie une stratégie de timing particulière. La seule indication temporelle est que les effets ont été mesurés après 1 et 2 ans d’utilisation quotidienne continue.
À qui cela pourrait parler : Les participants étaient des adultes américains âgés en moyenne de 70 ans. Les résultats s’appliquent donc surtout à cette tranche d’âge, pas aux jeunes adultes ou à des populations où la nutrition de base diffère fortement.
Qui devrait être prudent ou s’abstenir :
- Quiconque espère un effet anti‑âge prouvé : les changements des horloges du vieillissement n’étaient pas statistiquement significatifs.
- Ceux qui attendent une prévention réelle des maladies : l’étude a mesuré des scores de risque sanguins, pas des événements cliniques.
- Les personnes atteintes de maladie rénale, sous traitements médicamenteux prescrits ou prenant d’autres compléments. Il s’agit d’une précaution générale, et non d’une conclusion de cet article. Consultez un professionnel de santé, surtout que des variations de créatinine figuraient parmi les résultats.
Conclusion : Deux ans d’un complément multivitaminé standard ont été associés à de modestes améliorations du DHA, des oméga‑3, de la trajectoire de la créatinine et des scores de risque de maladies. Ce sont des signaux générateurs d’hypothèses, pas des preuves définitives. Une multivitamine n’est pas, sur la base de ces seules données, un outil de longévité vérifié, et des analyses de suivi plus importantes détermineront si ces signaux tiennent la route.
Source : Li et al., GeroScience, résultats à 2 ans de l’essai clinique randomisé COSMOS. Enregistrement du trial : NCT02422745.