Le chiffre marquant
Dans un essai randomisé portant sur 54 personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde (PR), une dose quotidienne de 100 mg de coenzyme Q10 (CoQ10) a entraîné une chute du score moyen d’activité de la maladie (DAS‑28) de 5,01 à 2,34, soit une diminution d’environ 53 %. Il s’agit d’une évolution importante sur une échelle où les scores supérieurs à 3,2 indiquent une maladie active, tandis que des scores inférieurs à environ 2,6 sont généralement considérés comme une rémission.
Le problème, c’est que le groupe placebo a également montré une amélioration. Voici ce que l’étude révèle, ainsi que ce qu’elle ne permet pas de conclure.
L’étude en bref
L’article, publié dans Clinical Rheumatology (2019), provient de chercheurs iraniens des universités de Kermanshah, Tabriz et Urmia.
- Conception : randomisée, double‑aveugle, contrôlée par placebo
- Participants : 54 adultes atteints de PR, âgés de 18 à 56 ans, diagnostiqués depuis au moins six mois et présentant une activité maladie (DAS‑28 > 3,2)
- Groupes : 27 ont reçu 100 mg/jour de CoQ10 et 27 ont reçu un placebo
- Durée : 8 semaines (2 mois)
- Contexte : les participants suivaient déjà un traitement standard de la PR ; le CoQ10 était donc ajouté, non pas substitué
- Résultats mesurés : taux sériques de MMP‑1 et MMP‑3, DAS‑28, score de douleur, ainsi que le nombre d’articulations douloureuses et enflées
Les chiffres, côte à côte
| Mesure | CoQ10 | Placebo |
|---|---|---|
| DAS‑28 (moyenne) | 5,01 → 2,34 | 4,88 → 4,04 |
| Nombre d’articulations enflées (médiane) | 2 → 0 | 2 → 0 |
| MMP‑1 (médiane) | 0,20 → 0,16 | 0,18 → 0,15 |
| MMP‑3 (médiane) | Pas d’augmentation significative | 2,26 → 2,57 (P = 0,020) |
Après l’intervention, les groupes différaient de façon significative sur le DAS‑28 (P < 0,001), le score de douleur (P < 0,001), le nombre d’articulations douloureuses (P < 0,001) et le nombre d’articulations enflées (P = 0,012). Au sein du groupe CoQ10, la VES (un marqueur d’inflammation), la douleur et le nombre d’articulations douloureuses se sont également améliorés de façon significative par rapport à la ligne de base (P = 0,001, P < 0,001 et P < 0,001). Aucun changement comparable n’a été signalé dans le groupe placebo.
Le placebo a aussi progressé
Le DAS‑28 du groupe placebo est passé de 4,88 à 4,04, une baisse statistiquement significative (P = 0,009). Le nombre d’articulations enflées et le taux de MMP‑1 ont également diminué dans les deux bras. Ce phénomène est fréquent dans les essais sur la PR : la maladie fluctue naturellement, les participants sont suivis de très près et les attentes influencent les résultats. La comparaison pertinente porte donc sur l’écart entre les deux groupes, et non seulement sur la variation observée dans le groupe CoQ10. Cet écart restait statistiquement significatif, bien que le doublement du résultat du groupe CoQ10 ne reflète que son évolution.
Qu’est‑ce que le MMP‑3, et pourquoi est‑il important ?
Les métalloprotéinases matricielles (MMP) sont des enzymes qui dégradent les protéines du tissu conjonctif. En PR, le tissu articulaire enflammé en produit en excès. Le MMP‑3 (stroma‑lysin‑1) dégrade les composants du cartilage et active d’autres MMP, ce qui en fait un bon marqueur de destruction articulaire. Des taux plus élevés sont généralement associés à une maladie plus active et plus destructrice.
Dans cet essai, le MMP‑3 a augmenté de façon significative dans le groupe placebo (2,26 → 2,57) mais pas dans le groupe CoQ10. La différence entre les groupes était statistiquement significative (P = 0,027). Les auteurs interprètent cela comme une « atténuation » du MMP‑3 par le CoQ10. En termes simples, le supplément a été associé à l’absence de détérioration observée avec le placebo, mais pas à une réduction en dessous du niveau de référence.
Le MMP‑1, quant à lui, a baissé dans les deux groupes, ce qui ne permet pas de distinguer le CoQ10 du placebo.
Pourquoi le CoQ10 pourrait‑il aider ?
Le CoQ10 est un composé liposoluble présent dans la membrane mitochondriale, où il transporte les électrons nécessaires à la production d’énergie. C’est également un antioxydant. L’inflammation chronique est liée au stress oxydatif et à la dysfonction mitochondriale, et le CoQ10 a été étudié pour son potentiel à calmer les voies de signalisation inflammatoire, notamment celles qui stimulent l’expression des MMP. L’essai n’a pas testé directement ces mécanismes ; ils restent donc des hypothèses plausibles, mais non démontrées.
Limites à garder en tête
- Petit essai isolé : 54 personnes, 8 semaines, un seul centre de recherche ; une réplication est indispensable.
- Durée courte : aucune donnée sur les dommages articulaires à long terme, la progression radiographique ou la rémission durable.
- Supplément uniquement : les participants continuaient leurs médicaments habituels contre la PR. Rien ne prouve que le CoQ10 puisse remplacer les DMARDs ou les traitements biologiques.
- Biomarqueur, pas preuve clinique : le MMP‑3 reste un indicateur biologique, pas la preuve d’une protection réelle des articulations.
- Population restreinte : adultes de 18 à 56 ans avec une activité maladie modérée à élevée.
Les auteurs concluent avec prudence : le CoQ10 « pourrait offrir une nouvelle approche complémentaire ».
Ce que cela signifie pour vous
Posologie étudiée : 100 mg par jour pendant 8 semaines. Le résumé ne précise pas la forme du produit ni le moment de la prise.
Moment de la prise : le CoQ10 étant liposoluble, il est généralement recommandé de le prendre avec un repas contenant des graisses. Il s’agit d’une recommandation générale, non testée dans cet essai.
Ubiquinone vs. ubiquinol : l'ubiquinone est la forme oxydée, moins chère et la plus répandue. L'ubiquinol, forme réduite, est plus coûteux. L’étude ne précise pas laquelle a été utilisée ; il n’y a donc aucune raison d’investir davantage dans l’ubiquinol sur la base de ces résultats. Quel que soit votre choix, privilégiez une marque contrôlée par un laboratoire tiers.
Utilisateurs de statines : les statines diminuent la production endogène de CoQ10, d’où l’intérêt fréquent d’une supplémentation. Consultez votre prescripteur avant d’ajouter le supplément.
Qui pourrait en bénéficier : adultes avec PR active déjà sous traitement prescrit, curieux d’un apport supplémentaire, et qui en discuteront d’abord avec leur rhumatologue.
- Toute personne envisagée d’arrêter ou de réduire son traitement contre la PR au profit du CoQ10 : ne le faites pas.
- Les personnes sous warfarine : le CoQ10 peut diminuer son effet, il faut donc surveiller l’INR.
- Les patients sous traitements antihypertenseurs, antidiabétiques, ainsi que les femmes enceintes ou allaitantes : consultez un professionnel de santé avant toute prise.
- Toute personne de moins de 18 ans ou de plus de 56 ans, car le protocole n’incluait pas ces tranches d’âge.
En conclusion
Un supplément peu coûteux et largement disponible a été associé à une forte amélioration des scores de maladie de la PR et à une évolution plus favorable du MMP‑3 comparée au placebo. C’est intéressant, mais la preuve repose sur un petit essai de courte durée où le groupe placebo a également progressé. Considérez le CoQ10 comme une option complémentaire prometteuse à discuter avec votre rhumatologue, et non comme un substitut aux thérapies éprouvées, tant que des études plus larges et plus longues ne le confirment pas.