Une nouvelle étude publiée dans GeroScience rapporte que les adultes âgés présentant une fragilité avaient un taux de NAD+ plus bas dans le sang. Il est tentant d’en conclure que les suppléments de NAD+ pourraient prévenir la fragilité, mais les données ne soutiennent pas cette interprétation. Voici ce que l’étude a réellement trouvé, ses limites, et ce que cela signifie si vous pesez le pour et le contre du NMN ou du NR.
Ce que les chercheurs ont fait
Shida et ses collègues ont analysé 529 adultes vivant en communauté, âgés de 65 ans et plus, issus de la vague 2025 de l’Itabashi Longitudinal Study on Aging au Japon. Environ 54 % étaient des femmes. Ils ont mesuré le NAD+ dans le sang complet et évalué la fragilité à l’aide des critères révisés de la Japanese Cardiovascular Health Study.
Seuls 32 participants (soit 6,0 %) remplissaient les critères de fragilité. Ce petit groupe influence toutes les conclusions qui suivent.
Les chiffres clés
- Médiane du NAD+ sanguin complet : 24,0 µmol/L chez les participants fragiles contre 25,0 µmol/L chez les non‑fragiles (p = 0,007).
- Après ajustement pour l’âge, le sexe et le temps de jeûne, chaque augmentation de 1 µmol/L de NAD+ était associée à une moindre probabilité de fragilité (OR = 0,871 ; IC 95 % : 0,780‑0,970), soit environ 13 % de réduction du risque par unité.
- L’analyse par splines n’a trouvé aucune preuve claire de non‑linéarité, la relation semblant donc approximativement linéaire dans la plage étudiée.
- Une régression à vraisemblance pénalisée de Firth, adaptée aux petits effectifs et incluant un ajustement plus large des covariables, a donné un résultat similaire (OR = 0,880 ; IC 95 % : 0,782‑0,986).
Le hic : l’hématocrite
Lorsque les auteurs ont ajouté un ajustement pour l’hématocrite – la proportion du volume sanguin occupée par les globules rouges – l’association s’est affaiblie. L’odds ratio est alors passé à 0,911 (IC 95 % : 0,800‑1,034), intervalle incluant 1, ce qui signifie que l’on ne peut plus exclure l’absence d’association.
Cette atténuation est cohérente avec une explication alternative plausible : le NAD+ mesuré dans le sang complet est fortement influencé par les globules rouges. Le résultat reflète donc en partie la composition cellulaire du sang (anémie, etc.) plutôt que le statut réel du NAD+ dans les tissus tels que le muscle ou le cerveau. Les auteurs le mentionnent eux‑mêmes, en soulignant que la composition des cellules sanguines « peut en partie expliquer » l’association, et que des mesures spécifiques aux tissus seraient nécessaires.
Pourquoi cela ne prouve pas que les boosters de NAD+ préviennent la fragilité
- Étude transversale : NAD+ sanguin et fragilité ont été mesurés à un même moment. On ne sait donc pas si un faible NAD+ précède la fragilité, si la fragilité diminue le NAD+, ou si un facteur tiers (malnutrition, inflammation, comorbidités, anémie…) influence les deux.
- Différence minime : un écart d’une unité entre les médianes (24 vs 25 µmol/L) est détectable statistiquement dans une cohorte de 529 personnes, mais il ne constitue pas un marqueur clinique exploitable pour prédire le risque d’un individu.
- Petit nombre de cas : avec seulement 32 participants fragiles, les estimations sont peu précises. Les larges intervalles de confiance le reflètent, et la borne supérieure s’approche d’un effet nul.
- Le sang complet n’est pas du muscle : la fragilité implique la masse et la fonction musculaires, la mobilité, l’énergie et la perte de poids. Le NAD+ circulant n’est qu’un proxy lointain de ce qui se passe dans le tissu musculaire ou le système nerveux.
- Association ≠ intervention : même si un faible NAD+ était causal, cela ne montre pas qu’un supplément qui l’élève inverserait la fragilité. La capacité d’un précurseur à atteindre le tissu concerné reste une question distincte.
Ce que l’on sait sur les précurseurs de NAD+
Le NAD+ est central dans le métabolisme énergétique, les réactions redox et la signalisation cellulaire, et l’idée qu’il décroît avec l’âge alimente l’intérêt pour le nicotinamide riboside (NR) et le nicotinamide mononucléotide (NMN). Voici un aperçu neutre des preuves humaines :
- Augmentation du NAD+ sanguin bien documentée : les essais cliniques avec NR et NMN montrent régulièrement une hausse du NAD+ circulant ou de ses métabolites.
- Bénéfices fonctionnels incertains : certaines petites études rapportent des améliorations modestes (sensibilité à l’insuline musculaire, performance physique). D’autres n’observent aucun effet sur la composition corporelle ou la fonction mitochondriale. Les tailles d’échantillons restent souvent limitées, les suivis courts et les populations hétérogènes.
- Aucun essai n’a démontré que les précurseurs de NAD+ préviennent ou renversent la fragilité clinique ; l’étude d’Itabashi ne change rien à cette constatation.
Cet écart entre la modification d’un biomarqueur et l’amélioration clinique concrète constitue le principal enjeu non résolu du domaine.
Conseils pratiques
- Ne prenez pas cet article comme raison de commencer un supplément. Il s’agit d’une observation génératrice d’hypothèses, pas d’une preuve d’avantage.
- Méfiez‑vous des tests sanguins NAD+ vendus aux consommateurs. Cette étude suggère que les niveaux dans le sang complet sont confondus avec la composition des cellules sanguines, ce qui complique l’interprétation.
- Priorisez les leviers de lutte contre la fragilité qui ont fait leurs preuves : entraînement en résistance, apport protéique suffisant, traitement de l’anémie et d’autres affections, ainsi que la revue des médicaments.
- Si vous songez à NMN ou NR, discutez‑en avec un professionnel de santé, surtout si vous prenez d’autres médicaments ou avez une maladie chronique ou un antécédent de cancer. Privilégiez les produits testés par des laboratoires tiers et vérifiez le statut réglementaire du NMN dans votre pays.
- Restez à l’affût de meilleures études. Les pistes à venir incluent des cohortes longitudinales suivant le NAD+ dans le temps, des mesures spécifiques aux tissus, et des essais randomisés avec des critères fonctionnels de frailité.
En résumé
L’étude apporte une donnée modestement rapportée : dans cette cohorte japonaise, les adultes âgés fragiles présentaient un taux de NAD+ sanguin complet légèrement plus bas. Le signal s’atténue dès que l’on tient compte du volume des globules rouges, le groupe fragile est petit, et le design transversal ne permet pas d’établir de causalité. Cela justifie de poursuivre les recherches sur le métabolisme du NAD+ au vieillissement, mais cela ne prouve pas que les boosters de NAD+ protègent contre la fragilité.